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Armes de Poing Iconiques du Cinéma et de la Culture Pop
Douzième Partie
Place au cirque avec la légendaire tireuse d’élite Annie Oakley
(1860-1926)
Un destin, des armes, des engagements
Que le spectacle commence ! Vive le cirque !
Pour conclure cette série d’articles, il était grand temps de rendre
hommage à cette catégorie de spectacle populaire, divertissant et riche
d’exploits dans des disciplines nombreuses et variées.
Le
tir a longtemps été un secteur particulièrement apprécié au cirque, où
des champions exceptionnels ont ravi les spectateurs par leurs
remarquables qualités de précision et de rapidité, souvent dans des
postures et des mises en scène aussi inattendues que sensationnelles.
C’est évidemment aux USA que cet attrait pour les disciplines de tir a
été le plus apprécié.
Parmi la pléthore de tireurs d’élite américains, plusieurs femmes ont
trouvé une place de premier plan, et nous avons choisi l’une d’entre
elles pour cet hommage au cirque. Il s’agit d’Annie Oakley (1860-1926)
qui a conquis une incroyable notoriété outre-Atlantique, bien au-delà de
la réputation qu’elle connaît sur le vieux continent. Aujourd’hui
encore, elle reste aux USA une icône, une légende, non seulement pour
ses exploits armes en mains, mais aussi pour son surprenant destin et
ses engagements personnels très en avance sur son époque. On trouvera
aisément de nombreux portraits d’Annie Oakley en quelques clics.
Photo 1 :
Photo d’Annie Oakley en action avec un Stevens Single Shot
A
priori, rien ne destinait Annie Oakley à atteindre une telle notoriété.
Sa biographie détaillée est décrite dans de nombreux articles (Partie «
Pour en savoir plus »), et nous ne la développerons pas en détail. Nous
nous intéresserons surtout à la place qu’elle occupe dans l’imaginaire
collectif américain, ainsi que d’évoquer les armes qui lui sont
associées et les idées qu’elle défendit, lesquelles contribuèrent à
faire d’elle une figure emblématique de la société américaine, notamment
auprès des femmes.
1.
Un Destin
Phoebe Ann Moses, née le 13 août 1860 dans
l’état de l’Ohio, ne commença à utiliser le nom d’Oakley qu’en 1885
lorsqu’elle rejoignit le Wild West Show de Buffalo Bill. Son enfance fut
difficile, en particulier après le décès de son père quand elle avait
cinq ans. Elle était la cinquième de sept enfants. Après le remariage de
sa mère, elle fut confiée à une famille où elle fut maltraitée
physiquement et psychologiquement, ce qui participa certainement aux
prises de position qui seront relatées dans la partie « Engagements ».
Très jeune, elle contribua à subvenir aux
besoins de ses proches en capturant du gibier à l’aide de pièges, puis
en chassant avec le fusil paternel. Annie déclara se souvenir d’avoir
abattu son premier animal dès le premier tir, en ajoutant : « Je ne
sais pas comment j’ai acquis cette compétence. Je suppose que je suis
née avec ».
Sa vie bascule lorsqu’elle rencontre le
tireur d'élite Frank Butler (1850-1926), de dix ans son aîné, quand elle
a 15 ans. À Cincinnati où se
produit Butler, un citoyen local organise un concours l’opposant à
Annie. À la surprise des spectateurs et de Butler lui-même, c’est cette
jeune inconnue qui l’emporte ! En août 1876, Frank et Annie convolent en
justes noces ; ils s’unissent également à la scène en montant un
spectacle conjoint. Elle imagine alors son futur nom d’artiste, Oakley,
emprunté au quartier de Cincinnati où ils vivent. Admiratif de l’immense
talent de son épouse, Butler prend sa retraite de tireur pour devenir
son manager.
Photo 2 :
Portrait de Frank Butler
Le second tournant majeur de son histoire se
situe en 1885, quand le couple rejoint le Wild West Show de
Buffalo Bill.
Créé en 1883
par William F. Cody (passé à la postérité sous le nom de Buffalo Bill),
ce show « à l’américaine » mettait en scène un Far West fantasmé, avec
diligences, combats de cow-boys et d’Amérindiens, équitation et
exhibitions de tir. Annie prit
rapidement la première place du show, stupéfiant l’assistance par ses
prouesses : elle pouvait toucher infailliblement une cible en mouvement
sur un cheval au galop, une pièce de monnaie jetée en l’air, ou éteindre
une cigarette aux lèvres de son mari. Le clou de son spectacle était de
tirer sur une cible placée derrière elle et réfléchie par un miroir
qu’elle tenait en main.
Photo 3 :
Affiches du Wild West Show mettant Annie Oakley en vedette
Photo 4 :
Buffalo Bill et Sitting Bull à l’époque du Wild West Show
Sa renommée internationale grandissante fut
consacrée en 1887 lors du Jubilé d’or de la
reine Victoria
à
Londres. Édouard, le prince de Galles, y aurait décrit Annie Oakley
comme « une merveilleuse petite fille ». En 1889, Annie réitéra
son tour de la cigarette sur le kaiser Guillaume II... mais en lui
suggérant « prudemment » de la tenir dans sa main plutôt qu’entre ses
lèvres.
Blessée dans un accident de train en 1901,
Annie Oakley quitta le Wild West Show pour limiter ses
interventions jusqu’à sa retraite officielle à l’âge de 53 ans. En 1922,
un grave accident de voiture la handicapa définitivement à une jambe.
Elle décéda à 66 ans des suites d’une anémie. Frank, inconsolable, la
rejoignit dans la mort dix-huit jours plus tard.
2.
Des Engagements
Annie Oakley, petite fille orpheline issue de
la plèbe d’un état rural et pauvre, développa une indépendance d’esprit
hors du commun pour l’époque, plus encore pour une femme. Lors des
années passées dans la troupe du Wild West Show, elle sympathisa
avec les Amérindiens embauchés par Buffalo Bill pour servir de
faire-valoir aux cavaliers blancs... Elle se prit d’amitié pour eux, et
développa notamment une relation sincère et durable avec le chef Sitting
Bull, resté célèbre pour avoir été l’un des artisans majeurs de la
victoire amérindienne sur les troupes du général Custer à Little Big
Horn en 1876. C’est Sitting Bull lui-même qui la surnomma « Little
Sure Shot », appellation qui restera indissociable d’Annie et sera
reprise sur les affiches du show. Ce lien profond illustre parfaitement
la tolérance intrinsèque d’Annie Oakley, dans une affirmation
d’antiracisme spontané sans souci du qu’en dira-t-on.
Elle s’engagea bénévolement dans plusieurs
actions philanthropiques, par exemple en distribuant des fonds pour les
malades, les orphelins et l’éducation des femmes qu’elle considère comme
un droit.
Oakley est devenue une figure du féminisme,
en enseignant gratuitement le tir aux femmes, en vue d’activités
sportives, mais aussi pour leur protection personnelle et d’éventuels
engagements militaires. On cite régulièrement le nombre de 15 000 femmes
qui auraient suivi son instruction. Cédons-lui la parole pour quelques
sentences bien senties illustrant ce féminisme spontané et pragmatique :
« Je
pense que chaque femme devrait apprendre à utiliser des armes à feu »
« J’aimerais que chaque femme sache manier
les armes à feu aussi naturellement qu’elles savent manier les bébés »
« Je n’ai pas peur d’aimer un homme. Je ne
crains pas davantage de lui tirer dessus »
« Une femme qui ne prend pas un immense
plaisir à parcourir la campagne par une matinée claire et glaciale,
armée d'un bon fusil et accompagnée de deux chiens, ne sait pas profiter
de la vie »
« Quand une homme touche la cible, on dit
que c’est un bon tireur. Quand je touche la cible, on dit que c’est un
truc. Je n’ai jamais aimé ça »
Lors du début des conflits de 1898 (guerre
hispano-américaine) et de 1914-1918, elle alla jusqu’à écrire aux
autorités pour proposer de former des régiments exclusivement
féminins... ce qui fut poliment décliné !
3.
Des Armes
On peut parier sans risque qu’Annie a utilisé
l’essentiel des armes de poing et d’épaule « Made in USA » de son
temps. Les témoignages et les nombreuses photographies d’époque
permettent d’identifier plusieurs de celles qu’elle a effectivement
tenues en main. Parmi les armes longues qu’elle affectionnait figurent
les fusils Marlin 1897 et 1902, Winchester 1873 ou Stevens Model 44.
Comme pour les autres articles de cette série, nous nous focaliserons
sur les armes de poing fétiches de notre héroïne.
Les Smith & Wesson ont pu être authentifiés
grâce aux factures et archives de la firme comme ayant effectivement
appartenu à Annie. De plus, de somptueux pistolets et revolvers de luxe,
à finition or, souvent gravés et munis de plaquettes en nacre, lui
furent offerts par son époux Frank Butler. Ces désirables objets (quand
on apprécie le goût ostentatoire américain) font parfois l’objet
d’enchères sur les sites spécialisés des USA... à des tarifs hors de
portée pour la majorité des collectionneurs ! Plusieurs de ces armes
sont exposées au Autry Museum of the American West (https://theautry.org/).
Le musée de la NRA (nramuseum.org) détient une réplique du Stevens
Gould, qui a été utilisée dans le film « Hidalgo » aux mains de
l’actrice Elizabeth Berridge interprétant notre héroïne aux côtés de
Viggo Mortensen (2004, réalisation
Joe Johnston).
Photo 5 : Le Revolver Smith & Wesson 22/32 Hand Ejector
d’Annie Oakley
Crédit photo : Rock Island Auction (https://www.rockislandauction.com)
Photo 6 : Le Revolver Smith & Wesson New Model N°3 Target,
Calibre .44, d’Annie Oakley
Crédit photo : Rock Island Auction (https://www.rockislandauction.com)
Photo 7 :
Le Pistolet Stevens Gould d’Annie Oakley
Crédit photo : Mark6mauno
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Annie_Oakley%27s_pistol_(3141000730).jpg
Licence :
Creative Commons
Attribution-Share Alike 2.0
Generic
Photo 8 : Un Revolver Smith & Wesson New Model N°3, Finition
Or, similaire à celui d’Annie Oakley
Crédit photo : Rock Island Auction (https://www.rockislandauction.com)
Photo 9 : Un pistolet Smith & Wesson Single Shot Model 1891
similaire à celui d’Annie Oakley
Crédit photo : Rock Island Auction (https://www.rockislandauction.com)
Outre ces armes conçues pour le tir de
précision, Annie possédait également un petit revolver Smith & Wesson 1st
Model, à la finition luxueuse. Ce S&W N°1 fait partie des
collections de la NRA (nramuseum.org). On peut noter une nette
préférence pour les armes de la firme de
Springfield, Massachusetts
! S’agissait-il d’une forme de sponsoring avant la lettre ?
Photo 10 :
Un Revolver Smith & Wesson 1st Model, Finition Luxe, similaire à celui
d’Annie Oakley
Crédit photo : Rock Island Auction (https://www.rockislandauction.com)
Par la suite, de nombreuses armes
commémoratives furent produites en hommage à Annie Oakley, dont nous ne
présenterons que le somptueux S&W n°3 édité en série limitée à 500
exemplaires.
Photo 11 : Revolver Smith & Wesson N°3 commémoratif
4.
Dans l’Imaginaire Collectif et la Culture Populaire
Sa légende, bâtie principalement par son mari
avec la complicité de Buffalo Bill, lui attribua maints exploits
invraisemblables : interventions lors d’attaques de trains, tueries
d’animaux sauvages comme des ours et même des panthères, victoire sur un
loup… Ces anecdotes sont relatées dans sa biographie romanesque, « The
Rifle Queen » en 1887. En 1902, elle interprète son propre rôle dans
une pièce de théâtre, « The Western Girl ». Sa vie fut à nouveau
portée sur scène à Broadway en 1946 dans la comédie musicale intitulée
« Annie du Far West ». Son personnage fit ensuite l’objet de
séries télévisées et de films. Peu de ces œuvres présentent un réel
intérêt, hormis l’interprétation de Géraldine Chaplin dans le film « Buffalo
Bill et les Indiens » (Robert Altman en 1976), aussi atypique que
cynique.
L’aura dont Annie Oakley bénéficie encore de
nos jours aux USA est attestée par le nombre sidérant d’objets
recherchés par les collectionneurs : poupées, figurines, affiches,
médailles, monnaies, timbres-poste, comics, objets commémoratifs...
Photo 12 :
Quelques « Goodies » à l’effigie d’Annie Oakley
Le « must » de ces hommages est sans doute le
portrait que fit d’elle Andy Warhol dans son portfolio « Cowboys and
Indians » en 1986.
Photo 13 : Portrait d’Annie Oakley par Andy Warhol (Série
« Cowboys and Indians »)
Courtesy of Revolver Gallery, California, United States
La
ville de Greenville dans l’Ohio s’enorgueillit d’un musée consacré à
Annie Oakley (https://www.garstmuseum.org/), ainsi que d’une statue
l’immortalisant !
Photo 14 :
Statue d’Annie Oakley à Greenville (Ohio)
Crédit photo :
Art Anderson
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:%22Little_Sure_Shot,%22_Annie_Oakley_-_panoramio.jpg
Licence :
Creative Commons
Attribution-Share Alike 3.0
Unported
5.
Conclusion
En conclusion de cet article, laissons la
parole à Annie Oakley dans une sentence où son message d’opiniâtreté et
de résilience est limpide :
« Visez le haut du panier et vous
l’atteindrez. Non, pas la première fois, pas la deuxième fois, et
peut-être pas la troisième. Mais continuez à viser et à tirer, car seule
la pratique vous permettra de vous perfectionner. Finalement, vous
parviendrez à atteindre le centre de la cible du succès ».
Une leçon pour tout un chacun ?
Remerciements
Merci à Messieurs Jean-Jacques Buigne et Luc Guillou pour leurs
constants soutiens et encouragements, à mon ami Bernard Vergucht pour sa
relecture et ses conseils, à Alain Daubresse et mes amis du site
LittleGun pour leur immense culture, leur non moins immense amitié... et
leur incomparable bonne humeur !
Bien entendu nous sommes très reconnaissants aux propriétaires des
images qui ont bien voulu autoriser leur reproduction et qui sont
mentionnés dans la légende des photographies de cet article.
Pour en Savoir Plus
Pour des biographies détaillées d’Annie
Oakley :
https://www.medarus.org/NM/NMPersonnages/NM_10_02_Biog_Americans/nm_10_02_annie-oaklley.htm
https://histoireparlesfemmes.com/2017/05/15/annie-oakley-as-de-la-gachette/
Pour son engagement philanthropique :
https://annieoakleycenterfoundation.com/
Pour éviter tout risque de litige sur les
droits de reproduction, nous avons choisi (à regret) de ne pas
représenter d’images, d’affiches ou de photos d’acteurs des films cités.
Cependant, le site spécialisé « Internet Movie Firearms Database »
permet d’accéder à des milliers d’informations dans ce domaine :
https://www.imfdb.org/wiki/Main_Page
Pour les biographies des personnes citées :
https://www.wikipedia.org/
Pour des informations sur les armes décrites
dans cet article, consulter (what else ?) :
Jean-Christophe Plaquevent
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