Restauration d'armes.

6. REVOLVER WITHNEYVILLE ARMOURY

PETITE REPARATION SUR UN REVOLVER WHITNEYVILLE ARMOURY

J'ai gagné une enchère il y a quelques semaines sur un site américain, pour un revolver de poche Whitneyville Armoury des années 1870.

Il m'est arrivé en excellent état, mais, comme le vendeur me l'avait précisé, "il y a un petit problème au niveau d'un ressort". En fait, l'arme fonctionne, mais le barillet ne tourne pas à tous les coups et le ressort du chien est très faible.

Nous allons donc voir ça de plus près....

LE REVOLVER WHITNEYVILLE ARMOURY

Je ne connais pas bien la Whitneyville Armoury et je suis en train de rechercher de la documentation précise; mais au risque de dire une sottise, je pense que cette firme est le successeur du célèbre armurier américain Whitney.

Eli Whitney a inventé en 1793 la première machine à séparer les grains de coton de l'ouate. Au départ destinée à réduire le nombre d'esclaves dans les plantations de coton des états du sud en effectuant efficacement le travail de plusieurs hommes et femmes, la machine s'est cependant révélée "créatrice d'emplois" secondaires, ce qui a déplacé le travail des esclaves au lieu de le réduire.

Whitney avait installé près de son atelier une forge et divers autres ateliers, ce qui a attiré du monde et a mené à la naissance d'un village, avec saloons, églises et magasins, qui a très logiquement pris le nom de Whitneyville.

Lorsqu'il a recommencé à produire des armes en 1846 après la faillite de son usine de Paterson, Samuel Colt, démuni de tout matériel, s'est adressé à Whitney pour la fabrication de son célèbre et énorme revolver Whitneyville Walker Dragoon, sorti en 1847.

Plus tard Whitney a produit d'excellents revolvers à percussion en calibre .44 et .36, qui ont été utilisés par l'armée nordiste pendant la Guerre de Sécession et copiés par l'armurier confédéré Spiller&Burr.

Mais revenons à nos moutons...

IDENTIFICATION

- Revolver de poche à simple action, à 5 coups en calibre .32 à percussion annulaire

- Ligne générale rappelant celle du Smith&Wesson modèle 1 1/2

- Carcasse en laiton, à l'origine plaquée argent ou nickel

- Plaque de visite côté gauche, du style S&W

- Crosse en bec de corbin

- Détente éperon n'autorisant le fonctionnement qu'en simple action

- Canon octogonal

- Canon, barillet, chien, détente et vis bronzées bleu foncé

- Plaquettes de crosse en noyer poli à l'huile.

- Canon rayé 7 à droite

- n° de série 1540 apposé sur le dessous du canon et le bas du bâti de crosse, 540 sur la face arrière du barillet

- Marquages du canon, en 2 lignes: WHITNEYVILLE ARMOURY CT. USA -PATD MAY 23, 1871

Selon le vendeur, qui est plutôt spécialisé en objets d'art qu'en armes anciennes, ce revolver proviendrait de la succession du sculpteur américain H. Gutson, l'artiste qui a sculpté les têtes des 4 présidents sur la face du Mont Rushmore. En l'absence de toute preuve tangible à cet égard cependant, je citerai cette provenance comme étant une simple possibilité.

EXAMEN APPROFONDI ET DIAGNOSTIC

En-dehors du placage nickel ou argent qui a pratiquement totalement disparu de la carcasse, le revolver est en excellent état général et ne présente ni rouille ni piqûres. Le bleu du barillet présente un "cylinder ring" - une bande de métal blanchi à hauteur des crans de blocage. Ce défaut est typique des revolvers américains et est dû au frottement de la came de blocage contre le barillet entre deux chambres. Cette came ne s'efface qu'une fraction de seconde juste pour débloquer le barillet, mais reprend sa place immédiatement, ce qui provoque ce frottement.

- Le barillet n'aligne pas bien et ne tourne pas à chaque armement du chien

- La résistance du ressort de chien est trop faible, sans doute insuffisante pour percuter une cartouche.

La dépose de la plaque de recouvrement et des plaquettes me permet de voir tout de suite les causes de ces petits problèmes:

- Le ressort principal n'est pas original. C'est celui d'un Iver Johnson "Defender", un revolver de qualité plus médiocre, un des nombreux revolvers bon marché de cette époque, que les Américains ont baptisés "Suicide Special" ou "Saturday Night Special" parce qu'ils sont plus dangereux pour le tireur que pour sa cible et ne vivent que le temps de tirer un barillet ou deux. (Je nuancerais quelque peu, mais ce n'est pas notre propos. Les photos 5 et 6 montrent la comparaison entre le Whitneyville Armoury, le Whitney Defender (centre) et le Colt New Line 1873 (avant-plan), tous trois à 5 coups en calibre 32 annulaire et apparus à la même époque.

  Le Colt dépasse de loin les deux autres au niveau de la qualité et de la fiabilité).

- Le ressort de l'élevateur, fixé sur la face interne de la plaque de recouvrement, est réduit ici à une simple petite virgule de métal, qui ne peut fonctionner convenablement. Il a probablement été cassé.

La qualité de ce revolver se situe à mi-chemin entre celle des Smith&Wesson 1 1/2 et celle des "Suicide Special"; mais à l'instar de ces derniers, le ressort de maintien de l'élevateur est ici d'une conception abracadabrante, qui ne demande qu'à mal fonctionner, à casser ou à bloquer tout le mécanisme. Il s'agit en fait d'une lame d'environ 1/2 mm d'épaisseur, 1 mm de large et 4 cm de long, forcée à une extrémité dans une fente de la plaque de recouvrement, et passant autour de la vis de fixation pour ensuite reposer sur l'élevateur selon un angle très réduit.

L'avantage est qu'il est très facile à remplacer.

REMPLACEMENT DU RESSORT DE MAINTIEN DE L'ELEVATEUR

Je dispose d'un excellent ressort en spirale provenant d'une quelconque grosse horloge, et c'est exactement ce dont j'ai besoin.

Le métal trempé de ce ressort n'autorisant ni la scie ni le forage, je commence par casser un fragment d'environ 4 cm de long, tout simplement en pinçant mon ressort dans un étau et lui assénant un bon coup de marteau.

Je place ensuite mon fragment dans l'étau dans le sens de la longueur, en prenant soin de pincer une largeur d'environ 3 mm entre les mâchoires de l'étau. Un ou deux coups de marteau suffisent à briser le fragment au ras des mâchoires, ce qui me donne une bande d'environ 4 cm de long sur 3 mm de large, dont le bord est bien entendu irrégulier.

Il me suffit maintenant de placer cette petite bande convenablement dans l'étau et de l'amener à la bonne largeur avec une lime forte.

Je coince ensuite une extrémité de cette bande dans la fente de la plaque de recouvrement prévue à cet effet, puis je lui donne la forme voulue, en passant autour du trou de la vis, avec une pince à bec fin.

Et voilà, mon ressort de maintien est terminé.

Le gros avantage dans un cas comme celui-ci, est qu'il n'est pas nécessaire de tremper. Les ressorts d'horloge sont suffisamment minces et souples pour permettre cette opération sans travail supplémentaire.

REMPLACEMENT DU RESSORT PRINCIPAL

Ici également, ayant à ma disposition un morceau de ressort en lame provenant d'une horloge, mais d'une épaisseur de 1.5 mm, je n'ai aucune peine à en casser un tronçon de bonne longueur, que je lime à mesure et plie en forme à froid avec ma pince. Il est simplement un rien plus long et plus épais que celui qui était dans l'arme, mais il a la même forme.

Une fois mes ressorts en place, je remonte l'arme et manoeuvre le mécanisme. Parfait du premier coup, le chien s'arme franchement, le barillet tourne à chaque fois sans le moindre jeu, et s'aligne parfaitement.

Et voilà. Il m'a fallu moins d'une heure pour effectuer ce petit travail.

Marcel

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