CSA : Confederate States Army.

Marque des armes réceptionnées "officiellement" par les troupes régulières sudistes durant la guerre de sécession.

 

MARQUAGES C.S.A. SUR LES ARMES A BROCHE LIEGEOISES

Usage des revolvers à broche liégeois par les Confédérés durant la Guerre de Sécession

On entend et on lit beaucoup de légendes à propos de l'usage de revolvers à broche liégeois par les troupes confédérées durant la Guerre de Sécession américaine. D'aucuns sont même intimement convaincus que l'industrie armurière liégeoise a produit et exporté des milliers de revolvers à broche vers les Etats-Unis à cette époque, dans tous les calibres et de tous les modèles.

La vérité historique est cependant toute autre. S'il est vrai que des revolvers à broche liégeois ont bel et bien été utilisés par des soldats confédérés durant ce conflit, et bien qu'il n'existe que des bribes de rapports à ce sujet, il est cependant certain que le nombre total de ces armes n'excède pas quelques centaines, voire quelques milliers d'exemplaires.

Les chiffres exacts des importations d'armes européennes par les Confédérés, à travers le blocus Nordiste et durant toute la durée de la guerre, sont inconnus. Mais en se basant sur les informations fragmentaires laissées par l'administration sudiste, on peut estimer le nombre total d'armes individuelles achetées en Europe à environ 350.000, dont environ 250.000 revolvers provenant d'Angleterre, de France, d'Espagne et de Belgique.

Ces armes étaient achetées à Londres par le capitaine confédéré Caleb Huse, nanti des pleins pouvoirs par son gouvernement pour l'achat et l'expédition d'armes individuelles. L'acheminement vers les Etats-Unis d'un tel nombre d'armes, avec des tonnes de munitions, par les cinq navires forceurs de blocus appartenant également aux confédérés, constitue un véritable tour de force.

Par comparaison, l'armée nordiste n'a importé au cours de la guerre que 11.833 revolvers Lefaucheux français modèle 1854, et ce modèle uniquement. Dans ce nombre, n'est connu qu'un seul contrat "belge": celui passé avec Alexis Godillot, armurier à Paris et Liège, pour l'achat de 2.000 revolvers modèle 1854, dont seulement 1.500 ont été reçus, les 500 autres ayant été perdus dans un naufrage. Un autre envoi de 600 revolvers a été rejeté par l'armée nordiste, pour des raisons restées nébuleuses. Le nombre de mod 1854 de ce contrat, pouvant avoir été produits à Liège est probablement très petit, puisque du côté de l'industrie armurière liégeoise rien ne semble indiquer un effort de production de masse durant cette période.

Ceci est très compréhensible d'ailleurs, lorsqu'on considère l'organisation du travail dans l'armurerie liégeoise de cette époque, basée sur un grand nombre de petits artisans travaillant à domicile: la production en masse d'un seul modèle, aux cotes identiques et de qualité égale, était tout simplement impossible.

Le Lefaucheux français modèle 1854, en calibre 12 mm, était l'arme à broche de prédilection des deux camps, et c'est lui qu'on voit sur la plupart des daguerréotypes de l'époque. Du côté sudiste cependant, le manque d'armes était tel que les calibres 9 mm et même quelques 7 mm ont également servi. En très petit nombre cependant, car l'acheminement de munitions spécifiques pour ces armes constituait également un problème.

Nordistes

Sudistes

Du côté des Confédérés, Caleb Huse raflait tout ce qu'il pouvait trouver en matière de revolvers à broche du calibre 12 mm, mais n'achetait que par le biais d'un gros négociant britannique, la London Armoury Company. Ce dernier lui a vendu 80.000 fusils Enfield et 9.000 revolvers Kerr à percussion en 1863. Le détail du reste des armes achetées par Huse est inconnu. Considérés également comme rebelles et illégaux, les commandants des navires forceurs de blocus se souciaient peu de rédiger des manifestes détaillés de leur cargaison, et mentionnaient simplement "hardware" ou "civilian merchandise" sur ces documents.

Les Confédérés sont même allés jusqu'à importer des revolvers inachevés, comme l'atteste une caisse trouvée au Texas en 1974 et contenant des pièces détachées et non terminées de revolvers à broche de calibre 9 mm. Ces armes pourraient être liégeoises, mais rien ne le prouve car elles ne sont pas marquées. Elles peuvent aussi bien avoir été produites par C.D. Leet & Co de Springfield, le seul armurier américain connu à avoir produit des revolvers à broche, ou par d'autres producteurs européens.

Marquages C.S.A

Au vu du marasme administratif et de la situation militaire chaotique dans laquelle elle se trouvait, on comprendra aisément que l'armée confédérée ne considérait pas le marquage de ses armes comme une priorité. Contrairement donc à la pratique en usage dans l'armée fédérale, bien peu d'armes utilisées par les Confédérés ont été effectivement marquées des lettres C.S ou C.S.A. Même parmi les quelque 10.000 revolvers produits par les armuriers confédérés pour le compte de leur gouvernement, seulement une fraction porte ce sigle.

Ce marquage était apposé soit dans les unités qui recevaient les armes en dotation, soit dans des cas bien plus rares, individuellement par les soldats eux-mêmes. Il s'agit la plupart du temps de poinçons séparés pour chaque lettre et chaque point, et qui souvent ne sont pas bien alignés. Ces poinçons sont des capitales d'imprimerie toutes simples, et se retrouvent généralement en deux tailles.

Encore plus rares sont les marquages CSA gravés, et ceux-là sont uniquement le fait de décisions individuelles.

On connaît aussi l'exemple d'au moins un revolver Lefaucheux 1854 ayant servi dans les deux camps. Ce revolver est marqué CSA 9 VA par une unité confédérée, mais son n° de série indique sans doute possible qu'il a fait partie des 11.833 revolvers achetés par l'Union. Il est donc possible que ce revolver ait été capturé sur un soldat Yankee et redistribué à une unité Sudiste après marquage.

Les experts s'accordent tous à dire qu'au premier abord, TOUS les marquages CSA trouvés sur des revolvers à broche sont suspects, et ce pour une raison bien simple: après la reddition d'Appomattox, l'armée Nordiste s'est retrouvée avec un énorme surplus d'armes de poing, qui ont été revendues à bas prix à de gros négociants comme Bannermann ou Schuyler. Ceux-ci ont réexpédié une petite partie de ces armes vers l'Europe, mais ont eu beaucoup de peine à revendre les autres, à un point tel qu'ils les proposaient encore dans leurs catalogues en 1910.

On a aussi eu la preuve que dans les années 1950, alors que les collectionneurs commençaient à s'intéresser aux souvenirs de la Guerre de Sécession, nombre de ces marchands sans scrupules ont apposé les lettres CSA sur un grand nombre de revolvers à broche de tout poil, faisant passer leur valeur de $ 2.5 à $ 7.5.

Peu au courant cependant des marquages européens, et en particulier liégeois, ils ont ainsi falsifié bon nombre de revolvers sur lesquels on peut voir le poinçon ELG dans l'ovale non couronné, mais aussi les marques de contrôleurs surmontées d'une étoile, donc post 1877.

Ces falsifications ont rendu les marquages CSA suspects pour l'éternité, à tel point que certains experts disent qu'on ne peut être certain de leur origine que si on a vu de ses yeux un soldat confédéré les apposer lui-même...

Alors si vous trouvez un Lefaucheux liégeois marqué C.S. ou C.S.A., ne vous emballez pas. Il y a 99 chances sur 100 pour que ce marquage soit faux. Par contre, un revolver liégeois 12 mm contemporain de cette époque, sans marquages spécifiques américains, peut très bien avoir servi pendant la Guerre de Sécession et avoir été rapatrié ensuite. Allez savoir...

Usage du "Chimney adaptor"

Les cartouches à broche leur faisant souvent cruellement défaut, les Confédérés avaient contourné le problème en inventant le "chimney adaptor". Il s'agit d'un tube métallique fermé à un bout, et pourvu non d'une broche mais d'une cheminée à percussion. Ce tube était simplement introduit dans les chambres du barillet, dont l'encoche de passage de la broche était légèrement agrandie. Avec cet adaptateur, le revolver pouvait être utilisé comme n'importe quel revolver à percussion.

On se servait de la baguette d'éjection pour forcer la balle en place, et il suffisait d'enlever l'adaptateur pour retrouver un revolver à broche normal.

Les problèmes furent cependant nombreux: la baguette d'éjection en fer ne supporte pas la force nécessaire pour sertir la balle en place, et plie facilement; d'autre part, son emplacement impose le chargement juste en face de la portière de chargement, qui est un point faible des revolvers à broche. La perte ou le bris de la portière de chargement signifie la perte de l'arme, car les cartouches à broche ont un diamètre plus petit que les chambres du barillet, ce qui leur permet de tomber ou de bloquer la rotation du barillet.

Bon nombre de soldats confédérés ont fait cette triste expérience; mais d'un autre côté, les armes retrouvées portière brisée et baguette pliée, voire contenant encore les adaptateurs, ou ayant les encoches agrandies, sont un peu plus identifiables...

Marcel

Les daguerréotypes ci-dessus montrent des soldats des deux camps armés de revolvers à broche.

Exemple de marquages CSA

Faux !

Une autre arme marquée CSA

Photos de "COLLECTORSFIREARMS"

UN revolver liégeois dont on est absolument sûr qu'il a servi aux Confédérés.  Calibre 12 mm, gravé, offert par ses soldats au général sudiste Jackson "Stonewall".

Marcel

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